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sortez du troupeau

Mardi 27 mai 2008 à 23:48

               Jean était assis sur un banc. Il regardait les gens et les écureils du parc passés devant lui. Il entendait le bruit des chevaux de la garde montée et d'une calèche juste derrière son dos, au-delà des limites du parc. tout avait l'air si différent de l'autre côté de l'océan. Joli lieu commun, et pourtant, c'était vrai. Sa douleur ne l'avait pas quitté mais personne ne pouvait savoir ce qui lui était arrivé ici. Il pouvait sourir de temps en temps s'il en avait envie et il avait même le droit de ne pas y penser durant tout une minute.

            Tout avait été si simple. Il était simplement sorti de sa fac et c'était directement rendu à l'aéroport pour prendre le premier vol pour Québec. Il se chargerait des formalités administratives par courrier. Quelques minutes après le décollage, il regarda par le hublot, observa la mer et se sentir libéré. Il allait là où personne ne le connaissait, là où il pouvait recommencer et repartir à zéro. Commencer une nouvelle vie.

           Sa nouvelle vie avait plutôt bien commenc. Arrivé à Québec, il avait immédiatement contacté sa fac pour les échanges. Il était ensuite allé dans une association d'aide aux étudiants étrangers pour trouver un logement, après deux nuits à l'hôtel, il avait trouvé une chambre. À présent tout était réglé comme du papier à musique. Il se levait assez tôt, allait courir dans le parc, rentrait prendre son petit-déjeuner et prendre une douche. Avant le repas, il allait faire une partie d'échec dans le parc avec des inconnus auxquels il commençait à s'habituer. Il mangeait à l'extérieur, en se promenant dans la ville, en essayant de trouver de nouveaux lieux, de nouveaux magasins. Au bout d'un temps qui pouvait varier de deux à trois heures, il trouvait un endroit agréable et s'installait pour lire jusqu'à ce que la lumière du jour diminue. Là, il rentrait chez lui, se préparait à dîner et ressortait se promener dans la nuit naissante, juste avant que le soleil et ce coin de ciel bleu au loin, déjà bien rouge, n'abandonne la bataille. C'était le moment de la journée qu'il préférait et il était persuadé que cette couleur là possédait des vertues thérapeutiques. Il lui suffisait de sentir cet air particulier, ce petit vent tendre, et de voir cette couleur dans le ciel pour que toutes les tensions qui l'habitaient s'évacuent d'elle-même.

                Et le lendemain tout recommençait de la même façon. Il avait toujours détesté la monotonie mais là, il avait besoin d'une stabilité qu'il n'avait plus depuis bien longtemps, oui qu'il n'avait peut-être jamais eu.

crapulerie publiée par Céline

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Mardi 27 mai 2008 à 22:57

            Les mois s'étaient enchaînés sans que Jean ne réalise quoi que ce soit. Il avait vécu dans la nébuleuse d'un autre système solaire. Il avait l'apparence d'un homme ayant dormi sans la rue pendant plusieurs semaines. Ses yeux portaient des marques qui sans doute ne s'en iraient jamais, ils étaient gonflés et avaient constemment l'air humides, même si un doigt passé sous la paupière forçait à se rendre à l'évidence. Ils étaient à la fois inexpressifs et remplis de toute la souffrance du monde. Son visage comportait de petites rides par endroit et on pouvait voir quelques cheveux blancs, présents bien trop tôt dans la chevelure d'un jeune étudiant.

           Il évitait les gens, ne décrochait plus son téléphone, lisait à peine ses sms et n'y répondait jamais. Cela faisait six mois, depuis l'enterrement, qu'il n'avait pas vu ses parents. Il n'était pas devenu spécialement mysanthrope mais, au fond de lui, il voulait s'enfermer dans sa souffrance, être sur de ne pas oublier, comme si c'était possible ... Mais le mec effondré et vulnérable ça en avait ému au moins une. Carole ne cessait de l'appeler, de lui écrire, parfois même elle se retrouvait sur le pas de sa porte. Il était totalement indifférent à toutes ses tentatives pour le récupérer.

         Il se sentait étouffé, tout lui faisait peur et tout l'opressait. Il se complaisait dans cette douleur qui l'amenait jusqu'à la souffrance physique. Il commençait à se demander, parfois, dans des sursauts de lucidité, combien de temps il pourrait rester en vie comme ça. Mais après tout est-ce que ça avait réellement une importance ? Il l'avait perdu. Il pouvait se passer n'importe quoi dans sa vie à présent, il l'avait perdu et il ne reviendrait jamais. Tout cela avait-il encore un sens ? Sa vie à présent n'étaient qu'une longue comédie qu'il jouait en avançant dans le brouillard. Les contours des choses, des sentiments et de l'existence devenait vraiment flous pour lui et il ne voyait même plus la frontière qu'il pouvait y avoir entre sa vie et sa propre mort.

       Il avait passé les derniers mois entre son appart, la fac et la bibliothèque. Le travail était devenu sa seul obcession et Aurélie son seul lien avec la civilisation, leurs conversations téléphoniques, leurs lettres, leurs e-mails. Elle était la seule chose qui le rattachait encore au monde. Elle avait quelqu'un dans sa vie, et là aussi, difficile de savoir s'il était jaloux ou s'il lui était vraiment impossible d'encore ressentir quoi que ce soit ... Elle avait peur pour lui, elle le connaissait trop bien. Il était vulnérable avec elle, il se rendait compte que les choses pourraient être différentes. Elle insistait pour le voir, s'assurer qu'il allait bien. Il s'y refusait obstinément, il allait pas bien du tout, il n'était même pas sur qu'elle le reconnaitrait et il avait peur d'elle.  Peur de réaliser combien il avait besoin d'elle et qu'il suffirait d'un geste, d'un mot, pour que sa vie change et reprenne un sens, pire encore, de réaliser qu'il suffisait qu'elle existât pour que sa vie garde un sens et qu'il soit encore là.

        Les mois s'étaient enchainés sans que Jean réalisa quoi que ce soit. Il avait vécu dans la nébuleuse d'un autre système solaire. Les caprices du calendrier l'obligeaient déjà à redescendre sur terre et à revenir à la réalité. Il se trouvait devant le panneau d'affichage de son immense fac. Il avait attendu toute une semaine pour être sur d'être seul à ce moment là. L'heure de vérité. Qu'avait donc donné sa seule obsession ? Il chercha des yeux la ligne des S, il était allé trop loin ... Virly ... Socquard ... ça y est, il y était enfin ! Simon Jean. Ses yeux filèrent tout au bout de la ligne pour voir sa moyenne. Il écarquilla des yeux qui n'avaient fait que rester mi-clos durant tout ces mois, il vérifia la ligne ... c'était bien sa note. 16,02. Mention très bien. Toutes les portes lui sont ouvertes, il peut avoir une bourse de mérite s'il en a envie et des recommendations sûrement.

      Jean s'éloigne en trainant des pieds ...

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Lundi 26 mai 2008 à 22:10

               L'enterrement avait eu lieu sous la neige : très pittoresque. Jean n'avait pas pleuré, mais il était vide et n'avait plus la force de s'occuper de qui que ce soit. Il était plongé dans une crise de mutisme sans précédent. Il ne désirait qu'une chose : devenir autiste mais il avait beau essayer cela ne marchait pas. Aurélie lui tenait la main. Et elle ne l'avait pas laché durant tout le mois de janvier. Elle s'occuait de lui comme de quelqu'un incapable de se débrouiller tout seul.

            Jean parlait peu. Vraiment très peu. Il retournait en cours, rentrait, révisait ses cours, se couchait. La situation devenait de plus en plus dure pour Aurélie. Mais elle avait tenu bon vraiment longtemps. Un jour elle lui a simplement expliqué que s'il voulait s'en sortir lui seul pouvait le décier et elle est partie. Elle n'avait pas tort, personne ne pouvait l'aider mais il ne voulait absolument pas s'en sortir. Alors elle est partie. Il l'a perdue et il n'a même rien dit.

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Lundi 26 mai 2008 à 12:38


          Arrivé à destination, il ouvre la porte de l'appartement dont il possède désormais la clef. Il prend une couverture posée sur le canapé, recouvre Rébecca endormie, ramasse  les mouchoirs trempés de larmes  qui trainent  tout autour et les expédie à la poubelle. Il prépare  le dîner pour deux personnes et une fois qu'il a fini réveille Rébecca. Ils mangent en silence. Peu de temps après après, c'est immanquable, Rébecca s'effondre et éclate en sanglot. Jean doit souvent la porter jusqu'à sa chambre et attendre qu'elle se calme et s'endorme avant de repartir.
               Bientôt deux mois que sa vie c'était ça. Saleté de période. Saleté de période. Saleté de réveillon. À peu près à la même période, il y a un an, il lui annonçait son mariage et voilà qu'il était dans un lit d'hôpital à ne pas bouger depuis bientôt deux mois. Stupide coma et stupide méningite qui l'avait plongé dans un sommeil dont il n'était pas sorti depuis bientôt deux mois. Stupide vie qui le rendai absent au milieu de sa famille pendant les fêtes de Noël.
                Jean avait mis son téléphone sur vibreur pour ne pas perturber le repas du réveillon mais l'atmosphère était lugubre. Il regarda discrètement sous la table le texto qu'il avait reçu, Aurélie "Désolé de te déranger en plein repas. Je sais pas exactement ce qu'il se passe mais tu devrai t'arranger pour venir." Jean se lève, prononce ces simples mots "C'est Nathan" et se précipite dehors.
             Arrivé à l'hôpital, Aurélie le prend immédiatement dans ses bras "je suis désolée". Jean n'arrive pas à y croire. Les pensées se bousculent dans sa tête. C'était dur ces deux mois mais il aurait continué longtemps comme ça, il aurait pu y arriver, il en était capable et Nathan aurait fini par guérir. Les larmes coulent sans même qu'il s'en aperçoive , des larmes qu'il a tellement retenue pour les autres. Sa gorge se rétracte et se contracte à une vitesse furieuse. Il a envie de crier mais tout reste à coincer dans cette gorge qui ne cesse de s'agiter. Son estomac se retourne, il se dégage violemment des bras d'Aurélie qui se sent de plus en plus impuissante, et se précipite vers les toilettes une main sur la bouche. Son estomac totalement vidé, il regarde son reflet brouillé par les larmes dans le miroir des toilettes. Il se tient de toutes se forces au lavabo pour ne pas tomber mais tout son corps est agité de spasmes et il s'écroule. Il pleure, pleure comme jamais il n'a pleuré, il hurle sans la moindre retenue, son corps lui fait mal, il ne trouve ni les battements de son cÅ“ur ni sa respiration. Il panique, cherche de l'air. Aurélie arrive. L'entoure de ses bras. Sa main lui caresse les cheveux. Elle pose la tête de Jean tout contre elle. Jean ferme les yeux.

crapulerie publiée par Céline

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Lundi 26 mai 2008 à 12:07

          Bientôt deux mois. Bientôt deux mois que Jean voyait Aurélie et que petit à petit elle était devenue un autre lui, comme si elle avait toujours été là, comme si elle l'avait toujours attendu. Bientôt deux mois que les seules activités de Nathan étaient de faire des courbes de couleurs sur un moniteur et remplir une sonde urinaire. Jean avait délaissé ses études et sa vie pour Nathan et Rébecca. Il trouvait juste encore un peu de temps pour Aurélie, pour qu'elle l'aide et le protège, pour que ses bras soient un refuge où lui seul pourrait venir y pleurer sans que jamais personne ne le voit, sans jamais qu'elle ne le dise à qui que ce soit.
       Il allait en cours comment il pouvait. Se trouvait devant la porte de la réanimation médicale à la seconde même où les visites du début d'après-midi commençaient. Rébecca venait de moins en moins c'était devenu trop dur pour  elle, de toujours le voir immobile à juste remplir cette stupide sonde et à faire des courbes idiotes sur un moniteur qui ne lui rendait pas son mari. Les deux heures suivantes qu'il y avait entre cette visite et celle du soir, il les passait un étage au-dessus, à la cafétéria, à discuter avec Aurélie avant qu'elle ne prenne son service.
       Elle était là pour lui, depuis le premier jour, là comme personne ne l'avait jamais été. Avec elle il pouvait pleurer, pleurer ou oublier et croire, parfois, l'espace d'une seconde qu'il n'y avait qu'elle et lui au monde. Deux heures quotidiennes, les appels le soir, les textos tout au long de la journée et l'assurance qu'elle serait toujours là s'il avait besoin d'elle. IL avait besoin d'elle, comme il n'avait jamais et besoin de quoi que ce soit. Elle était plus essentiel à sa survie que l'oxygène qu'il respirait. Elle seule l'aidait à tenir et à rester vivant pour les autres pour Nathan et Rébecca.
         Après cette parenthèse de paradis il retournait en bas. Il parlait souvent d'Aurélie à Nathan. Il lui disait qu'il fallait qu'il se réveille pour qu'il puisse  la rencontrer, qu'il allait l'adorer. Il lui parlait de tout ou parfois restait juste en silence à le regarder, il le regardait tellement qu'il ne restait de lui qu'une image floue devant ses yeux qui restaient imprégnée dans son cerveau des heures durant après qu'il soit parti de là. Il est huit heures du soir quand il franchit les portes coulissantes à ouverture automatique de l'hôpital. Le bus vide et bien trop plein l'amène chez Nathan et Rébecca.
       Mais en attendant, il voit ces gens qui partagent son malheur, ça se voit à leur tête, ou qui viennent de célébrer un heureux événement. Il déteste les gens heureux dans ce bus. Ils le rendent triste et, Jean baisse la tête pour ne pas les voir. Il préfère les gens malheureux, enfin des gens qui le comprennent peut-être. Il les observe et espère qu'ils iront mieux, qu'ils pourront faire connaissance et bientôt rire ensemble de ces mauvais souvenirs. Mais il ne parle jamais à personne, il ne fait qu'observer ou baisse la tête.

crapulerie publiée par Céline

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